La tension monte d'un cran, la foule est chauffée à blanc par les animations proposées et par le soleil de plomb qui va durer tout le week-end. Le nombre important de concurrents fait que le Rac41 partage son box avec le team anglais qui engage une Kawasaki en Superbike. Autant dire que l'ambiance est assez étonnante entre les frenchies d'un coté et les Anglais de l'autre.
J'apprends que les pilotes ont finalement déterminé leur stratégie : Ils vont faire 3 relais avec les mêmes pneus. Si pour Alex Prigent et David Dumain cela n'a guère d'importance pour Arnaud Larose qui prend le dernier relais cela en a beaucoup :
« L'équipe n'ayant pas de recul et d'expérience des nouveaux pneus Michelin, nous avons choisi d'essayer de faire 3 relais en début de course avec l'avant et l'arrière et de faire un point après pour éventuellement passer pour la suite de la course tous les 2 ou 4 relais et un avant tous les 4 relais. » confie Arnaud
Il est déjà temps de regagner la grille de départ, tout le team est sur le pied de guerre, voilà maintenant qu'Alex enfourche sa Yamaha et va la placer sur sa place en épi comme le veut la tradition
Le départ se passe très bien mais très vite la course est neutralisée suite à un gros accident entre les motos numéro 10 et 21. Le pilote de la Suzuki #10 a chuté et la Honda #21 n'a pu l'éviter. C'est donc un début de course tronqué auquel le team doit faire face avec la sortie du Safety Car mais pour le RAC 41 tout se passe bien, le piège de chuter ou d'abandonner prématurément est écarté.
Les relais s'enchaînent parfaitement et au fur et à mesure la moto frappée du numéro 41 remonte au classement. Alex Prigent laisse sa place à David Dumain après une 1h05 de course et un premier ravitaillement en essence. Le second relais se fait vers 17h08 avec cette fois ci le changement de la roue arrière. C'est au tour d'Arnaud de prendre le guidon. Puis vers 18h10 c'est alors un changement complet que l'équipe fait : Roues avant et arrière plus le carburant. Alex prend alors le relais.
Le temps passe, et la lumière du jour diminue. La nuit arrive et après avoir jeter un ?il sur le classement pour le moment tout va bien : David qui a pris le relais vers 22h20 occupe la 19 e place au général. La nuit comme dans toute course de 24 heures est un élément éliminatoire et David nous éclaire un peu sur comment les pilotes l'abordent :
"Le circuit du Mans étant parfaitement éclairé, on y voit les points de corde et les taches suspectes comme en plein jour. Paradoxalement, c'est en pleine nuit que j'ai effectué mon meilleur relais. Cela s'explique par les craintes que j'avais de l'adhérence à l'arrière sous la grosse chaleur de l'après-midi, craintes que je n'avais plus la nuit. De plus, les températures étant douces, aucun vibreur n'était piégeur et comme je n'étouffais pas sous mon cuir comme l'après midi je me suis donc lâché.
On dit des courses d'endurance que si on passe la nuit sans encombre, le plus dur est fait. Ce n'est pas tout à fait exact car rien n'est jamais fini jusqu'au drapeau à damiers, mais le fait est qu'au petit jour, nous étions solidement ancrés dans le top 15 du classement général, grâce aux relais de nuit parfaitement réguliers et aux ravitaillements se déroulant "aux petits oignons".
Au petit matin, alors que nous voulions défendre notre place sur le podium superproduction, je n'ai pas été en mesure de refaire mes chronos de la nuit, malgré toute ma volonté et un état de forme qui ne s'était pas encore dégradé. Finalement il faudrait prévoir peut-être une course complètement nocturne..."
Et oui voilà donc la surprise du matin, le RAC 41 réalise l'exploit d'occuper une douzième place au général et de défendre une place sur le podium de la catégorie SuperProduction. Eric Marmion l'un des commanditaires du team est tout sourire. Alors que le team n'avait qu'une seule exigence, être à l'arrivée, voilà que d'entrée elle joue une place d'honneur. Incroyable !!!
Cependant tout le monde garde la tête sur les épaules et chacun scrute l'écran de contrôle pour voir les temps des adversaires. Evidement les appétits sont toujours aiguisés et le premier poursuivant est plus rapide que la Yamaha #41 et ne fait aucun cadeau. Il faut tenter de défendre cette position et vers 11h25 Arnaud Larose prend le relais de David. De mon coté j'abandonne le team à son stand et remonte la piste histoire de faire quelques photos et alors que j'arrive à hauteur du virage de la chapelle j'entends le speaker annoncer une TRES MAUVAISE NOUVELLE : Arnaud Larose a chuté dans le virage du musée : la poisse !!!

La Yamaha 41 a tenu parfaitement le rythme Comme quoi la course n'est jamais jouée tant que la ligne n'est pas franchie : Arnaud explique ce qui s'est passé :
« Vers 11h25, je me prépare pour effectuer mon avant dernier relais. Nous sommes 12ème du général et 3ème en superproduction. notre place est bien stable, seule la YAMAHA #6 encore à 2 tours derrière nous inquiète pour le podium superproduction car elle nous reprend environ 1.5s au tour.
Le ravitaillement comprend le changement des 2 roues, le plein d'essence, et un ultime changement de plaquettes avant.
Titi, un des mécanos, m'indique qu'elles sont neuves et qu'il faut que je les rôde sur 2 tours environ. Je m'y applique en oubliant un peu de garder en température mes pneus.
Au 3e tour, j'attaque réellement mon relais et je m'envole à la sortie du musée, le premier gauche du circuit, le choc est très violent, je monte assez haut et passe par-dessus la moto, je tape la tête je retombe à droite de la moto qui me pousse en glissant jusqu'au bac à gravier. J'étais coincé. Une erreur de débutant!
Je n'ai rien, je relève notre YAMAHA meurtrie et la ramène au moteur jusqu'au stand par la voie de sécurité. L'équipe remontera la moto en 5 minutes et moi je suis conduit au PC médical pour me faire poser 6 points de suture au bras. »
Adieu le podium, mais tout n'est pas perdu et comme toute l'équipe technique a parfaitement remis la moto en marche David et Alex assurent les deux derniers relais pour faire franchir la ligne à la numéro 41. Il faudra se contenter d'une 17 e place au général et aux pieds du podium de sa catégorie
Tout de même quel bel exploit de tout le team dont il faut rappeler qu'il repartait de zéro cette année.
Avant de quitter le circuit et cette trentième édition Arnaud et David tirent les premières conclusions :
BILAN COURSE
Arnaud Larose :
« C'était une bonne course. Certains points sont à améliorer mais nous avons donc une bonne marge de progression. Beaucoup d'optimisme pour la suite de la saison. Le potentiel est bien là, nous sommes passer près d'un résultat exceptionnel dès la première course. A nous de provoquer le résultat pour les prochains rendez-vous. »
David Dumain :
"Depuis plusieurs années j'enviais les pilotes qui tournaient encore sur le
circuit au petit matin, frustré que j'étais d'avoir abandonné. Cette fois j'en étais et cette sensation a suffi à me combler. La cerise sur le gâteau, c'était d'aller au bout de la course. Quant au podium en superproduction, cela aurait été un véritable rêve... que nous avons entrevu.
Je reste persuadé que la Yamaha n°6 nous aurait soufflé la place à la régulière, même si nous étions bien décidés à défendre chèrement notre peau. Nous en étions à ce stade de nos réflexions avec Alex quand Arnaud a chuté en tentant de maintenir un rythme en accord avec nos ambitions. Cela correspond tout à fait à ma vision de la course : 24 heures sans relâche,
avec les risques que comportent notre état de fatigue. Chaque tour comporte un risque de chute, malgré nos efforts pour ne jamais dépasser les 100 %.
Arnaud et Alex et moi-même avons plus d'une dizaine de courses de 24 heures chacun dans les jambes, je pense que nous avons l'expérience pour prétendre à des podiums si nous parvenons à maintenir une certaine vitesse constante.
Je suis très heureux de constater aussi l'efficacité de notre équipe technique, qui nous permet de ne pas perdre les précieuses secondes que nous tentons de gagner sur la piste. C'est un immense honneur que de rouler au sein du RAC 41 et je pense que le meilleur est à venir, avec un soutien constant de Yamaha Motor France." |