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Peyroles et Derlot battus sur le fil
Arnaud Peyroles en a gros sur la patate. Pour un sportif, la défaite est plus ou moins acceptable selon la façon dont le verdict est prononcé. Or, dans le cas de ce championnat de France FFSA GT, les concurrents n’ont pas été placés sur un pied d’égalité, notamment lors du final décisif. Explications.
Les fans de Raymond Poulidor pensent qu’il aurait pu gagner trois Tours de France. Mais il les a perdus de manière bien différente. Y a-t-il plusieurs façons de perdre ce titre de champion de France, qui vient de vous échapper pour la troisième fois consécutive ?
Arnaud Peyroles : Je crois que j'en ai exploré trois différentes, je deviens un spécialiste. En 2008, nous avons commencé la saison en n’imaginant pas qu'on pouvait gagner. On s'est pris au jeu car après la première épreuve de Nogaro, nous étions en tête, on a gagné des courses, on y a cru de plus en plus et finalement on a perdu pour une erreur d'arrêt au stand. C’est très bête mais on ne pouvait s'en prendre qu'à nous-mêmes.
En 2009, nous sommes tout simplement tombés sur un peu plus forts que nous, ce fut une manière de perdre assez paisible par rapport aux circonstances qui nous ont amené à perdre cette année.
Je trouve que j’ai bien progressé dans la manière de perdre le championnat de France, ça touche à la virtuosité, on était « demi champions de France » à mi saison avec un nombre de points d'avance conséquent au soir du Val de Vienne. Et là, un membre du Conseil Permanent GT-FFSA exprime publiquement qu’à la fédération, ça les embarrasse que les leaders aient deux fois plus de points que leurs poursuivants.
Depuis ce moment l’écart n'a fait que se réduire. En plus des moteurs bridés et du poids supplémentaire, on a aussi rencontré des problèmes techniques sur les voitures. Ça nous a amené de fil en aiguille au dénouement à rebondissements absolument pas sportifs de ce week-end à Magny-Cours.
Avec mon coéquipier Renaud Derlot, on s’est retrouvés 14ème et 15ème sur les deux grilles de départ, respectivement à 5 secondes et 3 secondes et demi de la pole. Pourquoi ? Parce qu'il pleuvait et qu'on avait des pneus pluie avant qui ne chauffaient pas et la voiture ne tournait pas. On participe au championnat de France FFSA GT où tous les participants doivent avoir les mêmes pneus. Pour des raisons qui dépassent mes compétences, Michelin, le manufacturier officiel et exclusif n'a pas été en mesure de nous fournir les mêmes pneus que nos concurrents.
Ça parait complètement incroyable ce « MichelinFFSAgate »…
Nos concurrents avaient tous des P2F et nous des P2A, plus anciens en terme de conception et de fabrication et par conséquent beaucoup moins performants. C’est une aberration éthique et réglementaire d'équiper qui que soit de pneus moins performants, mais que dire s’il s’agit de l’équipage en tête du championnat.
Pourtant, notre team manager Jean-Philippe Grand s'en était inquiété bien avant cette dernière épreuve. Cela a conduit à la conclusion prévisible et inexorable qu'on était totalement « garés ». Cette histoire est consternante, d'autant plus que demande a été faite par le team de chausser d'autres pneus, ceux du championnat d'Europe FIA GT3, les P2G, qui étaient disponibles. La fédération a d'abord refusé avant les essais chronos, puis a été d’accord samedi après midi, des pneus ont même été marqués.
Et dimanche matin, revirement, interdiction de les utiliser ! Il n’a pas plu pour les deux courses, mais à partir du moment où l’on ne pouvait pas les utiliser pour les essais qualificatifs, la situation devenait de toute façon insurmontable. On a pu la surmonter samedi, mais pas deux jours d'affilée. C'était injouable.
Vous vous êtes pourtant battus jusqu’au bout…
Cette situation a créé des moments absolument dramatiques : samedi, nous sommes revenus de l'enfer par sursaut d'orgueil et énergie du désespoir, de la 14ème à la 3ème place alors que la Porsche, notre concurrente directe, caracolait en tête. L’espoir subsistait samedi soir, bien que l'écart de points se soit encore réduit.
Mais dimanche après-midi, je vois Renaud s'arrêter au 5ème tour de la deuxième course avec le moteur cassé, après des contacts divers dans le peloton, à force de tenter le tout pour le tout pour remonter. C’était un échec wagnérien, raffiné, ça n'en finissait pas, jusqu’au supplice chinois, quand, bien qu'ayant abandonné, on doit attendre que la Porsche passe la ligne pour être sûrs qu'on ne serait pas champions.
Pour échouer de manière magistrale il faut tomber de très haut. Je pense que personne n’est près d'en faire autant car il faudrait déjà creuser un écart tel qu'on l'avait creusé avec Renaud. Cela ne met pas en péril ma carrière, bien sûr, mais au bureau, les gens hésitaient à m'adresser la parole lundi matin…

Pourquoi avoir tellement envie d’un titre de champion de France quand on a déjà été champion d’Europe ?
J'avais gagné la Coupe de France FFSA GT en 2005, puis j’ai couru après le championnat de France FFSA GT3 en 2008 et 2009. Le Graff Racing m’a proposé de le rejoindre pour aller chercher ce titre et la perspective de travailler avec Jean-Philippe Grand et Renaud Derlot m'allait bien. L’équipe est à la fois très pointue, passionnée, avec un état d'esprit exemplaire, de vraies vertus, de vraies valeurs dont je m'inspire d'ailleurs pour développer mes projets professionnels.
Et puis le championnat de France, c'est un terrain de rencontre que je pratique depuis des années, où j'ai eu de vraies joies, c’est une belle invention de SRO qui a amené le GT mondial là où il est. J’ai bien vécu mes années en GT3, mais depuis que la catégorie est devenue la discipline majeure, elle a pris malgré elle le travers de l’ancien GT1, soumis a un interventionnisme complètement frénétique des autorités sportives et techniques, qui ont du mal à envisager un week-end de course sans mettre leur grain de sel.
Je crois qu’il y a eu 22 décisions du comité permanent en charge de la balance de performance, ce qui est complètement déviant. Tout ça pour ne jamais vraiment atteindre l'équilibre. A mon avis on s’en est approché à Dijon où les valeurs étaient intéressantes (NDLR : une victoire pour la Corvette, une victoire pour la Porsche à Dijon).
On peut comprendre qu'on ait besoin de deux ou trois meetings pour peaufiner la balance de performance entre les différentes voitures engagées, si on continue au-delà c'est qu'on est influencé par les résultats sportifs (or, pour cela, il existe les lests-handicap de 30 et 50 kg glissants et cumulables, attribués systématiquement aux deux premiers d’une course pour les deux courses suivantes NDLR), et on pénalise les pilotes et l'équipe qui ont bien travaillé et non les performances intrinsèques de la voiture. Ça aussi, c'est inéquitable. Je ne suis pas venu dans ce championnat pour passer plus de temps avec le lobbying et les procédures que pour piloter.
Justement, pensez-vous remettre votre titre de vice champion de France en jeu en 2011 ?
Probablement pas tant que ce championnat sera aussi mal géré techniquement et sportivement. Je suis sidéré par le décalage entre l’environnement extrêmement pro et passionné que l’on rencontre à l'intérieur des teams du championnat de France, qui offrent un des plus beaux plateaux d’Europe, et par ailleurs la gestion du championnat au plan sportif et technique, que j'ai trouvé calamiteuse et médiocre jusqu'au bout.
Indépendamment de ces hésitations permanentes sur la balance de performance entre les voitures, on aurait pu avoir un dénouement vraiment intéressant, qui a été totalement gâché par la mauvaise gestion de l’affaire des pneus pluie. Le niveau de compétition est tel que la fédération est dépassée, et je recommande chaleureusement à l'ensemble des concurrents de se regrouper en association professionnelle de teams, pour peser de toute leur compétence dans les décisions et la bonne application des règlements, pour que soit mise en place une organisation qui ne les galvaude pas, qui au contraire les valorise.
Il est peu probable, si on ne constate pas de changement profond, que je remette les pieds dans ce championnat de France. Nous avons un très beau championnat, mais il lui faut un encadrement professionnel, une sorte de « Ligue du GT ».
Communiqué
Stéphane GAUTHIER, le Vendredi 22 Octobre 2010
© Photos : Racingforever.com
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