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24h du Mans : l'heure du bilan pour Manu Rodrigues

Un goût d'inachevé


Manu déçu

Classé 8ème en GT2 au volant d’une Ferrari pour sa première participation en 2009, Manu Rodrigues était de retour aux 24 Heures du Mans cette année avec un proto de la catégorie reine LMP1. L’Audi R10 TDI a remporté trois fois l’épreuve ainsi que le championnat Le Mans Series il y a seulement deux ans. L’équipe privée allemande Kolles en engageait deux exemplaires dans cette 78ème édition, dont la n°14 pour Christophe Bouchut, Scott Tucker et Manu Rodrigues. Le pilote Franco-Portugais a malheureusement abandonné à la suite d’une sortie de route, peu après la mi-course, vers 3 heures du matin. Manu revient sur une deuxième participation qui lui laisse un goût d’inachevé…

Le palier du proto LMP1 est-il difficile à franchir quand on vient du GT ?

Je pense que le palier ne doit pas être si difficile à franchir si on a les bonnes informations. Quand on voit qu’après un tour au ralenti on se retrouve sans aucune adhérence sur le train arrière, comme si on avait des roues en bois, je l’ai payé par deux fois à mes dépens… Cela m’a refroidi et m’a un peu gêné par rapport à l’équipe qui a fait de son mieux pour réparer très rapidement.

Que penses-tu de l’équipe Kolles et de ses méthodes de travail ?

Je trouve que l’équipe Kolles est très professionnelle, avec un ingénieur de renommée internationale, Jacky Eeckelaert, très attentif à toutes mes remarques, ainsi que l’équipe des mécaniciens que je ne comprenais pas toujours à cause de la barrière de la langue, mais qui étaient tous d’une gentillesse extrême.

Quels ont été pour toi les événements marquants de cette semaine au Mans jusqu’à votre abandon ?

La difficulté d’adaptation à la Audi R 10 au Mans est venue essentiellement du fait qu’à aucun moment pendant les essais libres et les chronos on ne m’a passé un train de pneus neufs, chose qui me paraissait assez importante pour la mise en confiance au volant d’une voiture qui n’avait pas du tout le même comportement qu’au Paul Ricard. On connaît le challenge que représente le circuit du Mans. Bien que se soit le plus beau au monde, il ne pardonne aucun écart ni aucune improvisation.

Comment s’est passée exactement la sortie de route qui a entraîné l’abandon de la voiture ?

Pour ce qui est de la sortie de route, je me pose encore des questions, depuis j’ai du mal à trouver le sommeil. Je dois avouer qu’en arrivant au virage du Karting tout se passait comme sur des roulettes, j’avais trouvé une vitesse de croisière qui me semblait correcte, sans faire d’excès de zèle, mon objectif premier était de ramener la voiture à Christophe qui était beaucoup plus rapide que Scott et moi et qui n’avait aucune difficulté à rattraper le temps que nous perdions. Au vu de la fin de course, il est évident que nous pouvions terminer plus haut que notre objectif initial qui était le Top 10. Malheureusement, le sort en a décidé autrement, est-ce une crevaison à l’arrière droit ou un problème technique qui m’a envoyé directement dans le mur sans que j’aie le temps de me rendre compte de quoi que se soit ? Je ne suis qu’un gentleman driver, mais je ne pense pas qu’un pro aurait pu éviter le crash tel que cela c’est passé. C’est dommage pour toute l’équipe.

Penses-tu que votre préparation a été suffisante en amont de l’épreuve ?

Les deux jours d’essais privés au Castellet m’ont semblé suffisants au vu des chronos accomplis par les trois pilotes. Nous étions confiants, nous paraissions former une équipe solide, je pense que le manque de préparation s’est surtout fait ressentir au Mans car c’est une autre piste et je pense que nous aurions dû tous passer des pneus neufs, chose que je n’ai pas eu le plaisir de faire, dommage.

Comment l’équipe a-t-elle géré votre évolution des essais à la course ?

Je pense que l’équipe a géré comme elle a pu, aux ordres du capitaine, qui je pense ne manquait pas de faire ses remarques, dont je n’ai jamais été informé.

Entre toi et Scott Tucker, émulation ou compétition ?

Je dirais émulation dans tous les cas, comme je l’ai dit je ne suis qu’un gentleman driver, je n’avais aucun intérêt à en faire un adversaire, j’en avais déjà plus de 150 dans les autres stands qui me donnaient assez d’occupation. Scott me parait être un mec bien et régulier en piste avec très peu d’erreurs.

On sait que Christophe Bouchut a contacté Philippe Dumas, ton team-manager chez HEXIS AMR, pour que vous soyez une nouvelle fois ensemble, comme en 2009 avec la Ferrari JMB. Comment s’est passée votre association cette année ?

En effet, c’est Philippe qui a trouvé le volant chez JMB, ce qui m’avait fait très plaisir. Lorsque Philippe m’a appelé pour me faire part du projet de rouler ave l’Audi Kolles, cela m’a surpris et fait encore plus plaisir dans un premier temps. J’ai eu l’occasion de faire équipe avec plusieurs pilotes de bon niveau en championnat de France et ADAC GT tels que mon neveu Julien, Christian Hohenadel, le pilote allemand actuellement en tête du championnat d’Europe FIA GT3, ainsi que Philippe Dumas avec qui on échangeait régulièrement notre ressenti au fil des essais et des courses.

Depuis deux ans j’ai la chance de rouler en FIA GT3  avec un professionnel du nom de Fred Mako qui, j’en suis persuadé, est un des meilleurs pilotes de GT du moment. A chaque meeting nous faisons le tour du circuit à pied, il m’explique les pièges que je peux rencontrer à chaque virage, nous regardons les acquisitions de données après chaque séance d’entraînement et chaque course. Cela me permet de progresser à grand pas sur tous les circuits où nous nous rendons, c’est un vrai plaisir. Mais la question était la façon dont s’est passée mon association avec Christophe Bouchut ? No comment.

Si c’était à refaire ?

Si c’était à refaire, je le referais certainement, mais si possible avec mon équipe HEXIS AMR, qui n’a rien à envier à beaucoup de teams présents dans le paddock du Mans, aussi bien en terme de logistique que de professionnalisme, malgré le jeune âge de son staff. Mon équipage idéal serait formé avec mon neveu Julien, chose que je lui promets depuis longtemps, et Fred Mako. Ce serait un grand bonheur de courir avec eux aux 24 Heures du Mans, qui est la plus belle course au monde pour n’importe quel pilote.

 

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