Guy Fréquelin :
Après un tel moment en Catalogne, comment se remotiver, alors que tout est joué, pour aller disputer une dernière manche à plus de 14 000 km de Versailles-Satory ?
« La motivation est toute trouvée : essayer de gagner. Comme toute équipe de compétition, notre carburant, c'est la victoire. L'an dernier, alors que nous avions eu connaissance de l'arrêt de notre programme WRC fin 2005, alors que nous étions touchés par l'accident en reconnaissances et la non-participation au rallye de Carlos Sainz, l'équipe a trouvé suffisamment de ressources pour arracher sa septième victoire de la saison. Cette année, elle va là-bas le cour plus léger. Elle n'a pas de raison de changer son mode de fonctionnement. J'irai jusqu'à dire que l'Australie fait partie de notre futur. En quelque sorte, la campagne 2007 commence à Perth. »
Le troisième titre 'Constructeurs' consécutif est acquis à Citroën. Est-ce que cela veut dire que vos deux équipages auront carte blanche ?
« A priori oui. Je leur demanderai toutefois de veiller à ne pas se faire mal. Le Rallye d'Australie est une épreuve faite de spéciales très rapides au sol instable, avec des arbres souvent très proches. Si nous pouvons en outre éviter de casser du matériel, cela vaut mieux. Cela fait aussi partie de la maîtrise des budgets. »
Sébastien Loeb :
Citroën a annoncé son retour en 2007, vous êtes fixé sur votre futur. Réaction ?
« Citroën a pu prendre la décision que nous souhaitions tous. Je suis d'abord très heureux pour l'équipe. Personnellement, je suis également soulagé, content d'avoir coché la bonne case en prenant le risque d'attendre. Et puis, je suis excité à l'idée de participer, quasiment dès le début, au développement de C4 WRC. Lorsque Guy Fréquelin m'a confié une Xsara WRC au Sanremo 2001, la voiture était déjà redoutablement affûtée sur asphalte. Là, je vais vraiment voir grandir le 'bébé', je vais être de ceux qui vont l'élever. C'est une responsabilité nouvelle, un challenge passionnant. J'ai hâte de commencer ! »
Auparavant, il faut aller conclure votre extraordinaire saison à Perth.
« Pour être tout à fait franc, entreprendre le long voyage jusqu'à Perth après la série Grande-Bretagne-Japon-Corse-Catalogne, groupée en un mois et demi ne me fait pas bondir de joie. Par contre, une fois sur place, cela va être comme d'habitude. Je vais être 'boosté' par l'idée de disputer le rallye, par le plaisir de piloter, par l'envie de gagner. Nous allons là-bas totalement libérés, je sais que si nous ne gagnons pas ce ne sera pas dramatique. Mais je vais tout de même essayer. La deuxième place acquise dans cette épreuve difficile m'a permis en 2003 de franchir un cap, d'être reconnu capable de gagner partout. J'ai remporté ce rallye en 2004, je suis en somme le 'tenant du titre'. Autant de raisons qui m'incitent à tenter d'obtenir la victoire. »
Nous n'avons pas parlé de 'balayage' le premier jour depuis un moment. Mais en Australie, le sujet est incontournable.
« Ces deux dernières années, les pluies précédant le rallye nous ont aidés à 'limiter la casse' en rencontrant des conditions de route qui n'étaient pas trop pénalisantes. Selon les spéciales on trouve plusieurs cas. Parfois, il y a une nappe de billes à chasser. Parfois subsistent les traces des recos, mais ce ne sont pas des traces 'de course' et il est difficile de rester dedans lorsqu'on est à l'attaque.
Pour le moral, on se dit que le deuxième et le troisième sur la route sont logés peu ou prou à la même enseigne. Sauf que parfois une seule trace, la mienne, leur suffit à trouver le sol dur. Alors les temps partiels tombent, on voit que l'on 'reçoit' et qu'on est impuissant. C'est sûr que ça énerve. Mais le piège serait justement de s'énerver, et de risquer de faire une bêtise. La première étape en Australie c'est l'école de la patience. Il faut rouler au mieux le vendredi et voir le soir ce qui est possible pour la suite. »

Duval aura carte blanche
François Duval :
Votre première participation en Australie date de 2001. Vous avez terminé troisième du groupe N. Comment s'est passé votre découverte du pays et des spéciales ?
« Superbement ! Je n'avais jamais vu de kangourou. Je me suis vraiment amusé, ce fut une super semaine. J'avais effectué de bonnes reconnaissances. En Groupe N, nous roulions dans les spéciales alors que beaucoup de voitures étaient déjà passées. Le sol était donc balayé, nous n'étions pas confrontés au classique problème des billes australiennes. »
Vous comptez aussi trois participations en WRC dont une, l'an dernier terminée sur le podium.
« En 2002, j'ai abandonné après avoir pris un petit arbre dans la portière. En 2003, je crois que j'ai eu des problèmes d'hydraulique. L'an dernier, tout s'est bien passé. En roulant en WRC, on a parfois une piste très glissante. Mais ma position sur la route a souvent été bonne. Cette fois, je vais rouler vendredi en cinquième position, je crois. Ce sera probablement encore délicat, très glissant. Une bonne position, en Australie, c'est au moins dixième sur la route. »
Guy Fréquelin a décidé de laisser carte blanche à ses deux équipages. Quelle cadence allez-vous adopter, quel est votre objectif en terme de classement.
« Je ne me fixe pas de place à atteindre. Sur ce terrain, je ne pense pas pouvoir me battre pour gagner. Je vais là-bas pour montrer que je peux signer de bons temps et garder la voiture sur la route. »