Jordi Arcarons, directeur de l'équipe Repsol KTM, met l'accent sur ce qui vient de se passer jusque là autant que sur ce qui est à venir. Celui qu'on surnomme "desert poppy", après plus de 15 participations au Dakar, est l'un des plus expérimentés et des plus reconnus de la compétition.
Ses pilotes savent que ses conseils sont les plus appréciés dans cette course exigeante. Aussi, ils vont tout faire pour suivre exactement ses conseils, pour avancer sûrement et faire bon usage des opportunités qui se présenteront sur la route du Dakar. Après les derniers événements tragiques que l'on a connus, Jordi sera également celui qui apaisa et supporta ses élèves dans les moments difficiles.
La première question concerne évidemment ce qui s'est passé avec les accidents mortels. Comment vont les coureurs et quelles influences ont t-il eu sur leurs performances?
"Tout d'abord, nous ne pouvons pas oublier que les pilotes sont avant tous des humains puis des sportifs professionnels. Tous les trois, Marc, Isidre et Gio ont été très tristes après ce qui est arrivé.
Il faut savoir que Meoni était un rival sérieux sur la piste mais un ami cher en dehors. Aussi la mort d'un ami, juste sous vos yeux, c'est quelque chose dont on a du mal à se remettre. Ils ont fini la course parce qu'ils savent comme les autres que c'est exactement ce que Fabrizio aurait voulu qu'ils fassent; ce sont des professionnels et ils finissent leur travail, mais ce fut impossible de revenir à l'ambiance du premier jour. Ce fut encore plus dur pour Gio, il était le co-équipier de Meoni depuis l'année dernière et il le connaissait très bien."
Pensez-vous que ce Dakar était excessivement difficile?
"Vous savez, c'est un sport à risques et les pilotes sont les premiers à connaître les dangers qu'ils courent dans cette course. Pas besoin de chercher un coupable, il n'est pas question de ça. Il s'agit de s'améliorer et de faire des choses pour éviter les morts de Fabrizio ou de Jose Manuel à l'avenir.
C'est vrai que peut être la navigation a perdu un peu de sa valeur, parce que les organisateurs limitent les mouvements des pilotes sur l'étape. On ne peut pas quitter l'itinéraire obligatoire de plus de trois kilomètres ou plus sinon on est pénalisé. Cela signifie que tout le monde prend le même chemin, et du moment que tout le monde suit le même chemin, vous n'avez aucune chance de jouer vos cartes au niveau de la navigation. C'est très difficile de trop se perdre- aussi la seule solution c'est d'ouvrir les gaz et de prendre plus de risques pour prendre l'avantage sur vos adversaires. D'autre part, c'est très dur pour les organisateurs de retrouver un pilote au milieu du désert. J'insiste, on peut améliorer ça, mais le sport en tant que tel est merveilleux et je ne pense pas que ce soit bien de critiquer la course à ce jour."
Parlons des aspects strictement sportifs. Avez-vous atteint les objectifs fixés à mi-course?
" L'objectif de notre équipe était d'atteindre le jour de repos avec tous les autres candidats pour la victoire finale. Nous ne nous préoccupions pas d'être les premiers, troisièmes ou quatrième, ce que nous voulions c'était avoir des chances de victoire. Deux spéciales ont été annulées et le rythme de la course a quelque peu été cassé. Les prévisions étaient que beaucoup de pilotes seraient hors course avant le repos, mais en fait il n'y en a pas eu tant que ça.
Marc a également montré son potentiel et Isidre est venu à bout d'une situation compliquée en gagnant l'étape avant le repos et à gagner plusieurs minutes sur ses adversaires. Cependant, après ce qui s'est passé, il faudra voir comment les pilotes se remettent, en fait pas seulement les pilotes."
Quelle est votre vision concernant l'évolution des pilotes Repsol dans la compétition?
"Très positive, en conformité avec les objectifs que nous nous étions fixés. Peut être qu'Isidre est celui qui a connu le plus de problèmes et qui l'ont un peu retardé, mais la victoire du Tidjikja-Atar lui a redonné confiance et lui a permis de revenir sur le devant de la scène. Marc se débrouille bien également. Il a atteint la journée de repos sur une moto impeccable, pas de choc ni de problème important; il a fait exactement tout ce que nous avions prévu au départ."
Un commentaire global sur la course ?
Je ne pense pas que ce Dakar restera comme le plus difficile de l'histoire comme certaines personnes le disent, mais il y a eu une série de facteurs déterminants qui l'ont rendu plus difficile que prévu. Le brouillard à Rabat, la tempête de sable à Tichit, le manque d'essence dans certains ravitaillements, des problèmes électriques. Je ne dirais pas que ça a été un Dakar très dur, il y a juste eu quelques étapes plus compliquées qu'il ne l'aurait fallu et les coureurs sont arrivés très tard. Je pense aussi qu'ils n'auraient pas dû annuler une étape ou qu'ils auraient dû la raccourcir, mais la sécurité est primordiale et les organisateurs ont considéré que les conditions pour la course n'étaient pas réunies.
En ce qui concerne le tracé, je pense qu'il aurait mieux valu faire un peu plus de sélection au Maroc, avant d'entrer en Mauritanie. Peut-être qu'il aurait été bien qu'il y ait plus de sable et d'étapes de dunes, parce que si quelqu'un n'est pas assez préparé, il ne risque pas de se retrouver perdu au milieu de nulle part dans le désert comme lors de l'étape en Mauritanie. Au Maroc il y avait beaucoup de liaisons et peu de pistes, puis nous sommes directement entrés en Mauritanie avec beaucoup de dunes et de pistes. Je trouve que le changement était trop brutal. A la fois les organisateurs et les coureurs trouvent plus facile de rentrer chez eux depuis le Maroc. |